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Musique et politique font bon ménage dans le concert que présente
l'ENSEMBLE WARHOL ces jours-ci à la Sala Rossa. Des textes de
l'activiste américain Joe Hill et d'autres écrits en prison par
Crazy Rabbit servent de trame à ce cabaret contemporain. de
Réjean Beaucage
C'est en 1998, durant le séminaire d'été offert par Karlheinz
Stockhausen à Kürten, en Allemagne, que la flûtiste montréalaise
Catherine Issalys a rencontré le compositeur originaire de
Minneapolis Mark Warhol. "Ç'a certainement été une expérience
déterminante pour nous, confie la flûtiste; je terminais tout juste
ma maîtrise à l'Université de Montréal avec Lise Daoust, qui m'avait
grandement encouragée à aller étudier avec Stockhausen et
particulièrement avec la flûtiste Kathinka Pasveer. J'y allais
surtout dans le but de rencontrer des gens avec qui il serait
possible de travailler, et j'ai rencontré Mark. Assister aux
répétitions et aux concerts avec Stockhausen et voir la rigueur des
musiciens de son ensemble, c'était très impressionnant pour un
interprète."
Le travail de l'Ensemble Warhol, qui fait appel à la mise en scène
et théâtralise le jeu des interprètes, peut par ailleurs rappeler ce
que fait Stockhausen avec ses propres œuvres en concert. Catherine
Issalys acquiesce: "Ça peut être comparé, mais la musique est bien
différente. Je crois que ce que nous faisons est plus , mais il y a
sans doute quelque chose qui vient de là. C'est-à-dire que
l'instrumentiste ne se contente pas d'interpréter la musique en
restant bien caché derrière son lutrin. On cherche à sortir de ce
cadre-là et je trouve cela très stimulant. On n'est pas du tout
formés pour ça et ça procure des défis intéressants."
Le nouveau spectacle de l'Ensemble Warhol s'intitule Sortis de
prison - Cabaret évasion
et comporte deux cycles de chansons ainsi qu'Adagio, une pièce
d'Yves Daoust pour flûte et bande. Le cycle Sortis de prison, pour
soprano, flûte et piano, est basé sur trois textes que le prisonnier
de droit commun Hardy Coleman, alias Crazy Rabbit, a écrits alors
qu'il était sous les verrous au pays de l'oncle Sam. C'est Mark
Warhol qui l'a rencontré. Il explique: "Hardy est très difficile à
localiser; en fait, c'est un itinérant. La dernière fois que je l'ai
vu, c'était il y a deux ans. Il vient du Texas, comme moi, et
là-bas, on ne demande pas aux gens pourquoi ils ont été en prison.
Je pense simplement qu'il ne peut supporter la compétition féroce de
la vie de tous les jours. Quant à Joe Hill, à qui j'ai emprunté les
six textes de Cabaret Songs, c'était un activiste et il a été
exécuté en 1915 à la suite d'un procès pas net. Il écrivait des
textes engagés pour remplacer ceux des chansons en vogue, mais je
n'ai gardé que les textes. Mon modèle musical pour ce cycle est Kurt
Weill, nous cherchons à recréer l'ambiance qui régnait dans les
cabarets allemands de l'entre-deux-guerres, quelque chose d'assez
intense. Ce qui est le plus triste dans tout ça, c'est que plusieurs
des problèmes contre lesquels Joe Hill se battait sont toujours là
aujourd'hui..."
À l'occasion de ces Cabaret Songs, mises en scène par Sylvie
Legault, la flûte de Catherine Issalys se mêlera au piano de Pamela
Reimer et la soprano Nadya Blanchette sera rejointe par le baryton
Simon Fournier.
Les 29 et 30 janvier
Curiosité musicale. Une curiosité musicale qui n'a pas jusqu'à maintenant reçu une
grande publicité. Pourtant la flutiste de talent Catherine
Issalys ayant complété ses études musicales avec Stockhausen
et madame Pasveer devrait nous inciter à croire à son talent.
L'ensemble Warhol accompagne d'une pianiste de talent en la
personne de Pamela Reimer, doublée d'une soprano et d'un
baryton devrait nous inciter à ne pas manquer le spectacle
"Cabaret Songs". Un autre spectacle à voir et à sans doute recommander par la
suite Jacques Després
Processus vs oeuvre finie La musique sérieuse engagée dans la contestation sociale, ça
m'allume. D'autant plus qu'on ouvre sur la théâtralité. J'aime
quand on fait éclater les limites d'un genre, qu'on le combine
à autre chose, qu'on en démonte les mécanismes. Ici, nous
n'avons certainement pas affaire à des incompétents. Étudier
avec Stockhausen n'est certainement pas à la portée de tous.
Impressionner le maître c'est une autre affaire mais disons
que s'ils réussissent à nous impressionner nous, ce sera
suffisant. Mon intuition me dit que ce doit être intéressant
même s'il y a risque de choc. Quand on veut changer les
paradigmes d'un art, on peut échapper le spectateur, le perdre
parce qu'il n'a plus ses références. Il peut perdre ses
marques et décrocher. Par contre, quand le pari est tenu, on
peut assister à un éclair foudroyant. Personnellement, cette
démarche me semble relever davantage du processus que de
l'oeuvre finie. Le work in progress est un genre parfois très
gratifiant. Surtout lorsqu'il met en présence des artistes de
talent et des idées fortes. Yves Bolduc
Non merci ! La musique de Catherine Issalys et Marc Warhol pourrait se
qualifier de classique psychédélique. Les envolées lyriques de
Catherine dans la chanson "Où est Fleuri Rose" ont de quoi
étonner. Certains diront que c'est absolument génial. En ce
qui me concerne, la voix stridante et les cris de la chanteuse
me tapent franchement sur les nerfs ! Mais tout est question de goût... Moi, je n'aime pas.
Peut-être aimerez-vous ? Si vous voulez écouter quelques
extraits du disque de ces étranges personnages avant d'acheter
des billets pour un concert que vous n'apprécierez peut-être
pas, allez faire un tour à cette adresse : www.markwarhol.net Béatrice André
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